La Météo sous l’occupation

Avertissement

Le récit qui va suivre n’a pas pour objet d’analyser l’histoire de la météo sous l’occupation, mais de raconter la vie de tous les jours à partir d’anecdotes recueillies par des météorologistes qui ont vécu cette époque ou des notes de services tirées des archives.

 La Direction de l’ONM, une fois installée à Vichy, la vie reprend.

Le service de l’ONM (Office national météorologique) en zone libre s’installe suite à la débâcle de Juin 1940 villa Ste Cécile Boulevard du Sichon à Vichy. Le directeur en est M Wehrlé, Inspecteur général de l’Aéronautique. Le chef des éléments en zone occupée est M Sanson qui siège au 196 rue de l’Université à Paris. La météo dépendant directement du Secrétariat d’État à l’Aviation.

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A droite de la table au fond assis André Viaut et Werhlé au téléphone (1930)

Même si la direction de l’ONM est en zone libre elle est contrôlée par l’autorité allemande, le chef en est l’Oberregierungsrat Baumann stationné à l’Aéroport de Lyon-Bron, le responsable français est M André Viaut sous-Directeur de l’ONM est posté à Caluire (Rhone), il deviendra Directeur de l’ONM en 1945.  le contrôleur allemand doit être au courant de tous les détails d’organisation de l’ONM, et effectue ou fait effectuer les inspections qu’il juge utile. Dans la zone occupée c’est M Le Roy qui est à Paris le responsable

Les captifs de guerre ayant été fait prisonnier dans une unité météorologique sur le front ont pu obtenir un congé de captivité et être rapatriés. Une note du 7 octobre 1941, interdit aux fonctionnaires et agents d’adhérer à des groupements politiques ou à des formations rattachés à des groupements politiques.

Organisation de l’ONM dans la Zone Libre

La météo en zone libre est organisée à partir d’Août 1940 en régions météorologiques. Le découpage est original, le méridien 3°30′ coupe la zone libre en deux, l’Est et l’Ouest, et le parallèle 44°40′ coupe la zone ouest en deux, le 44°15′ coupant la zone Est en deux. Chaque zone étant rattachée à une station météo principale. Ainsi la station météo principale de Lyon s’occupe de la zone Nord-Est, Marignane de la zone Sud-Est, Clermont-Ferrand la zone Nord-Ouest, et Toulouse la zone Sud-Ouest.

Le personnel doit effectuer 48 heures de travail hebdomadaire. Il est tenu au secret le plus absolu, les informations météorologiques sont des données sensibles très importantes en période de guerre.Les documents météo doivent être conservés dans le coffre de la station. Ils doivent être brûlés régulièrement. Les émissions radio-météorologiques doivent être chiffrées, avec un chiffre fournit par la puissance occupante.Aucune prévision météo ne doit être fournie à la Presse, à la Radio ou au public. Les prévisions aux agriculteurs sont envisagés mais les modalités non inscrites par la commission d’armistice.

Les transmissions se font par télétype entre stations principales, et par téléphone entre stations et stations principales. Pour cela la météo dispose d’une priorité, que le météo doit annoncer à l’opératrice. Par exemple  “Ici Météo officiel le 42 05 à Vichy PRIORITE METEO, je demande le 56 86 à Clermont-Ferrand ” . La météo dispose d’une priorité téléphonique des plus importante. Dans le cas d’un danger pour l’aviation, il s’agit même d’une priorité absolue Danger pour l’Aviation, Cette priorité prend rang immédiatement après celle du Chef de l’État et du Vice-Président du Conseil. Le nombre de lignes téléphoniques est conséquent, ainsi Lyon possèdent 7 lignes, Clermont-Ferrand 5 lignes, Toulouse 2 lignes, les autres stations ne possèdent qu’une ligne.

L’activité de sondage reprend, ainsi on procède à  partir d’août 1940 à cinq réseaux journalier de sondage:

  • Réseau de 03h GMT : Vichy, Lyon-Bron, Toulouse, Perpignan, Marignane
  • Réseau de 06h GMT : Le Puy, Nîmes, Toulon, Ajaccio, Toulouse, Pau, Perpignan, Clermont-Ferrand, Limoges, Châteauroux.
  • Réseau de 09h GMT : Lyon, Montélimar, Istres, Saint-Raphaël, Toulouse, Le Larzac, Souillac, Vichy
  • Réseau de 12h GMT : Montélimar, Marignane, Toulon, Ajaccio, Perpignan, Millau, Pau, Gourdon,Clermont-Ferrand, Châteauroux.
  • Réseau de 17h GMT : Le Puy, Istres, Ajaccio, Toulouse, Limoges.

Emplacement des postes et stations.

Le réseau d’observations est plus étoffé. En voici l’organisation :

  • Réseau  dépendant de Lyon :
    • Lyon-Bron, Montélimar, Le Puy, Les Sauvages, Saint-Étienne, Ambérieu.
    • Beaufort,St-Anthème, Mt St Vincent, Macon, Seyssel, Noirétable, Virieux sur Bourbe, Romans, St-Laurent du Chamousset, Crest, Luz la Croix Haute, Sallanches, Bonneville, Le Teil, Nyons, Upaix,ST Hilaire du Touvet, Bissorte, St Guillerme.
  • Réseau dépendant de Marignane :
    • Marignane, Nîmes, Avignon, Antibes, Mt Ventoux, Istres, Toulon,St Raphaël, Salon-de-Provence, Montpellier, Ajaccio.
    • Sète,Mt Aigoual, Les Sanguinaires, Cap Corse, Pertusato, La Chiappea, Cap Faraman, Cap Croisette, Cavallo, Cap Cicié, Cap Couronne, Segro, Cap Ferrat, Cap Titan, Camarat, Ste Tulle, Le Bancairon.
  • Réseau dépendant de Toulouse :
    • Toulouse, Perpignan, Pau, Le Larzac,
    • Agen, Rodez, Cacassonne, Coursan, Meymes, Masseube, Orlu, Bel-Air, Lentin, Auch, Mauléon, Auzat, La Brugière, La Pibeste, Luz St Sauveur, Mazamet, Ceret, Cap Bear.
  • Réseau dépendant de Clermont-Ferrand :
    • Clermont-Ferrand, Châteauroux, Limoges, Vichy
    • Le Puy-de-Dôme, Bergerac, Montrésor, L’Isle Jourdain, Brive, Ussel, Eguzon, St-Amand-Montrond, Les Bordes, Montaigut, Rueyres, Marèges.

Les liaisons aériennes en zone libre : (au 1er janvier 1941)

  1. Vichy-Wiesbaden (liaison reliant  la capitale provisoire et la Commission d’armistice)
  2. Stuttgart – Barcelone
  3. AF 245 -Vichy – Lyon – Marseille- Toulouse – Vichy
  4. Vichy – Limoges – Bergerac – Clermont-Ferrand – Feurs- St Etienne de St Geoirs – Lyon – Vichy
  5. Toulouse – Agen – Pau – Perpignan – Montpellier – Nîmes – Nice – Marseille
  6. Marseille -Alger
  7. Tunis – Alger – Casablanca
  8. Marseille – Alger – Gao – Dakar
  9. Marseille – Alger – Gao – Brazaville – Libreville
  10. Marseille Ajaccio
  11. France – Levant
  12. France Afrique du Nord
  13. Vol de nuit sur région Marignane.

Les relations entre pilotes et météo ne sont pas assez étroites d’après M Viaut, il s’en inquiète et recommande aux météos d’aller au devant d’eux pour avoir un débriefing des conditions de vol.

Une obsession le secret défense

Les cartes affichées dans les postes météorologiques ne doivent être accessible sauf dérogations exceptionnelles, qu’aux personnes habilitées à les consulter : équipages français, allemands, italiens, et les personnalités officielles d’identité connue. Les cartes doivent être cachées en l’absence du météo, c’est dire si le secret météo était important à l’époque. Le papier étant rare et cher, les documents sont stockés dans des sacs plombés, livrés à l’organisme officiel de récupération des vieux papiers un météo s’assurera de leur destruction au pilon. Le produit de la vente est récupéré par les domaines. Il n’y a pas que le papier qui est recyclé, les piles pour lampes de poche sont aussi précieuses, et pour avoir une pile neuve, il faut fournir une pile usagée.

Des relations parfois tendues avec les autres services.

Suite à des agissement de Commandant de ports aériens* autoritaires le Directeur de l’Aéronautique civile en octobre 1940, rappelle que les Chefs de service de l’ONM ne reçoivent d’ordres pour le fonctionnement de leur service que de leur direction. * Ancienne appellation des aérodromes.

Crash aérien

Le 12 novembre 1941 le général Charles Huntziger signataire de l’armistice de juin 1940 se tue dans un accident d’avion au retour d’une mission d’inspection en Afrique du Nord; ligne aérienne Alger-Vichy . Le Potez 662 quadrimoteur, unique appareil de ce type, immatriculé F-ARAY, qui le ramène d’Alger s’écrase à l’Espérou près du Col du Minier(Gard), dans le massif du Mont Aigoual. Des circonstances météo défavorables ont probablement entrainé le givrage de l’appareil; celui ci ayant percuté le sol verticalement suite à un décrochage. Ses funérailles ont lieu le 15 novembre en l’église St Louis de Vichy.

P1010719Stèle à la mémoire du Général Huntziger et à ses compagnons

au Col du Minier (Gard)

Personnel de l’ONM

Le 4 novembre de cette même année,suite à la Loi du 2 juin 1941 sur les juifs tous les employés de l’ONM doivent remplir sous la foi du serment une déclaration et un questionnaire. Il s’agissait de recenser les personnels de confession juive au sens de la loi. J’ai connu à Paris un météo, de confession juive qui avait travaillé durant cette période au poste de Vichy-Rhue, Pierre Lévis. Originaire de Neuilly sur Seine, né en 1912, il était marié et sa famille vivait à Montpellier. Météorologiste, il avait son baccalauréat math élem. Croix de guerre sur le front en 1940, il changera souvent de postes pendant cette période,  d’abord en service à Montpellier, puis à Nîmes, Nice, Vichy, Le Puy de Dôme, Vichy, Clermont-Fd , et enfin Vichy, sous le nez des allemands, il habitait l’Hôtel des Charmilles au 64 Bd des États Unis, la Gestapo logée pas très loin à l’Hôtel du Portugal sur le même boulevard. Il sera prévenu par un fonctionnaire du gouvernement que les allemands vont venir l’arrêter. Il restera quelques mois dans la nature en attendant la libération. Il finira sa carrière au Service central à Prévi-Paris au bureau de renseignements. C’est à l’occasion de son départ à la retraite que je fis la connaissance de la personne qui lui sauva la vie en le prévenant de son arrestation imminente. Sa mère n’eut pas cette chance et périra en déportation. Passionné de musique, de cinéma, de bridge, il vint pendant de nombreuses années en vacances à Vichy, ou il pouvait se distraire, la cité thermale possédant de nombreux cinémas et cercles de jeux.

Mariage sous autorisation

Un décret du 28 février 1942 décide que le personnel sous les ordres du Secrétariat d’État à l’aviation devrait désormais demander une autorisation préalable  pour se marier; il est précisé que cela n’a rien à voir avec la situation de fortune du futur conjoint, mais uniquement des conditions de moralité et d’éducation. Les militaires étaient déjà soumis à ce régime depuis très longtemps. Ce décret sera abrogé le 9 août 1944.

Santé du personnel de l’ONM

Le Directeur de l’ONM a obtenu en mars 1942 que le personnel puisse être soigné gratuitement s’il se trouve près d’une base aérienne. Il s’agit de soins de première nécessité, médicaux et infirmiers. Il est rappelé que ce n’est pas un droit mais une tolérance. En janvier 1942 les assurances sociales sont étendues aux membres de l’ONM. Le personnel est immatriculé aux assurances, et cotise en conséquence. Il faudra attendre 1945 pour que la sécurité sociale soit étendue à presque l’ensemble de la population française.

Relations des fonctionnaires avec l’autorité

Une note du 16 mai 1942 rappelle qu’un fonctionnaire devait utiliser la voie hiérarchique pour s’adresser à son ministre, mais pouvait sans problème s’adresser directement au Chef de l’État, le Maréchal Pétain. “Le cabinet du Maréchal a prouvé, par son attitude, à maintes reprises, qu’il partageait entièrement ce point de vue, et qu’il considérait implicitement comme une garantie humaine indispensable , la possibilité pour les fonctionnaires et pour les agents de tout grades, d’en appeler directement au Chef de l’État et de se préserver de la sorte contre l’arbitraire toujours possible d’un décision ou d’une brimade”

Secours national

Certains français vivent dans de grandes difficultés, Le Secours national leur vient en aide, et lance des collectes à l’ONM, qui y répond avec générosité. Ainsi le Secrétariat d’État à l’Aviation collecte 1 285 000Frs qui représente une somme importante pour l’époque.

Vacances

Chaque membre fonctionnaire de l’ONM a droit à 21 jours ouvrables de congés. Les auxiliaires et ouvriers à 12 jours ouvrables, plus un jour par année de présence au delà de la cinquième année de service, jusqu’à concurrence de 21 jours. En 1942 des Centres de vacances sont ouvert au profit des enfants travaillant pour l’aviation. Ces centres ont pour but de permettre aux enfants de passer des vacances saines, agréables et surveillées. tout en leurs assurant une nourriture suffisante et l’instruction physique et morale indispensable. En principe ces centres reçoivent les garçons et des filles de 7 à 15 ans, et sont placés à proximité du domicile des parents. Ainsi il est coûte 22 Fr pour un enfant de Général ou assimilé, 18Fr pour un officier supérieur ou assimilé, 15 Fr pour un officier subalterne, 12 Fr pour un sous officier, 10Fr pour un homme de troupe,  les enfants de veuves de guerre et de prisonniers ne paient pas. Il y a en plus un tarif dégressif pour  les familles nombreuses.

Correspondance

La correspondance privée entre les deux zones (libre et occupée) est très surveillée, aussi des fonctionnaires utilisés leurs connaissances de hauts fonctionnaires ou de chauffeurs assurant régulièrement la liaison Paris-Vichy. La commission d’armistice est mise au courant et les allemands demandent au gouvernement de faire cesser cette pratique sous peine de sanctions sévères.

Serment d’allégeance

En décembre 1941, l’acte constitutionnel N° 10 demande au personnel de l’ONM comme à tous les fonctionnaires de prêter serment de fidélité au Maréchal Pétain . Le texte en est : “Je jure fidélité à la personne du Chef de l’État et m’engage à exercer ma charge pour le bien de l’État, selon les lois de l’honneur et de la probité”. Le texte doit être écrit à la main, daté et signé.

Conditions de vie

Tout comme le chauffage, l’électricité doit être économisée: éteindre les lampes dès qu’on quitte une pièce et la nuit occuper le minimum de pièce. Cependant une demande de dérogation est possible sur demande justifiée, en particulier si il y a eu augmentation des vols de nuit.

Les difficultés d’approvisionnement sont importantes, même en zone libre, et le personnel en poste dans des stations météo a pris l’habitude de cultiver des légumes dans le parc à instruments . La Direction reconnait la rudesse des temps mais rappelle quelques règles qui doivent être respectées: laisser une surface engazonnée sous l’abri de 4 mètres par 5 mètres. A Vichy des actions sont entreprises auprès des agriculteurs.Un partenariat est engagé. Une société coopérative du Personnel de  l’ONM est créé. Elle loue des terres aux paysans pour qu’ils y plantent des pommes de terre et autres légumes pour le personnel. Une note de service de M Sanson Chef du Service central à Paris contresigné par le Deutcher Leiter des ONM Dubois donne le contrat de culture type. Ainsi dans les années 1990 on retrouva un papier rappelant une location d’un terrain à Ebreuil (Allier) dans les archives de l’Aviation Civile à Paris. Le personnel qui possède un lotissement dans un jardin ouvriers en zone libre a la possibilité d’avoir des bons monnaie matière pour acheter des outils de jardinages : Houe lorraine, fourche crochue à 4 dents, fourche à bêcher, serfouette, binette, râteau, bêche plate.

Les déplacements se faisaient à pied et en vélo. Une indemnité de bicyclette est instaurée pour ceux qui sont domiciliés à plus de 2km de l’aérodrome. Il fallait aussi qu’il fasse signé une attestation prouvant qu’ils utilisaient  bien une bicyclette auprès du commissariat de police ! Cette indemnité perdurera jusque dans les années 1990.

En septembre 1942, les autorités d’occupation n’acceptent plus la délivrance de laisser-passer pour rechercher ou ramener un enfant de la zone libre à la zone occupée. Les autorités allemandes de Moulins demande de s’adresser dorénavant à la Croix Rouge qui dispose de facilités particulières.

Réorganisation de l’ONM suite à l’occupation de la zone libre.

Le 22 Mai 1943 une nouvelle organisation est mise en place à Paris. Le Deutscher Leiter Duboit chapeaute l’ensemble de l’ONM, puisque la zone libre n’existe plus. A Paris le Délégué du Directeur, M Le Roy est placé sous l’autorité allemande, il y a six services: la climatologie (M Sanson), l’exploitation (M Striffling),la recherche ( M Mezin), l’atelier-magasin (M Papillon),le dessin-reproduction ( M Godard), et la section administrative (M Rochevrier) .

 Logement du personnel

Suite à l’occupation de certains aérodromes par les autorités allemandes, des fonctionnaires et agents du Secrétariat d’Etat à l’Aviation logés dans les bâtiments de l’État ou des collectivités publiques ont été obligés de quitter leur poste. Ces fonctionnaires et agents recevront ultérieurement une nouvelle affectation et percevront à cette occasion l’indemnité de changement de résidence. En attendant, il pourra leur être alloué sur justification à produire par eux, une indemnité de déménagement.

Fermeture de stations

Les postes d’observations de Clermont-Aulnat, Toulouse-Francazals, Marseille-Marignane doivent cesser de fonctionner, leur personnel est affecter sur d’autres postes. Par contre les mécaniciens de ces stations demeurent sur place et continuent à assurer leur service actuel !

Éclairage en zone non occupée

A la tombée de la nuit, c’est à dire, le  commencement de l’obscurcissement doit avoir lieu une demi-heure après le coucher du soleil jusqu’à une demi-heure avant son lever.

Les véhicules doivent être équipé d’appareil Cordier !!! Ou ne laisser passer la lumière que par une fente horizontale de 1cm de hauteur placée à mi-hauteur de la glace, cette fente pourra avoir de cinq à huit centimètres de long. A l’intérieur du véhicule, seule la lumière bleue peur être employée, à moins que les vitres ne soient entièrement occultées, de la même manière que les immeubles privés.

Fermeture du Centre d’exploitation de Lyon Caluire.

Le 8 mai 1943 le Service Central d’Exploitation de la zone libre cesse tout travail et quitte Caluire dans la région Lyonnaise. Tout le personnel est transféré au 196 rue de l’Université Paris 7ème. En effet comme la zone libre n’existe plus et l’ONM se trouve sous la tutelle des occupants, il n’y a plus de raison d’avoir deux centres, un à Paris en zone occupée et un autre à Lyon en zone libre.

Début Juin une note rappelle aux stations météo qu’il faut que les comptes-rendus quotidiens d’observations météorologiques soient à adressés aux stations allemandes de Lyon-Bron, Clermont-Fd, Toulouse et Marignane.

Les chefs de postes des différents postes météorologiques sont le 22 juin 1943 :

Vichy, Gaston ; Agen, Bellocq; Limoges, Viart; Puy-de-Dôme, Raffin; Toulon, Galzi; Gourdon Maugy; Ambérieu, Marx;Feurs, Hof; Montélimar, Léonard; St-Geoirs : Graffoulière; Nîmes: Lebret; Nice: Delorme ;Marignane: Rière; Le Luc: Guidal;Bergerac: Casso…. etc

Le 2 août 1943 l’Oberregierungsrat Duckert prévoit que seuls les postes de Nice, Hyères, Vichy-Rhue(Vichy-Pinasson, maintenant Beausoleil, à partir du 1er Juin 1944), Limoges, Lyon-Belvédère et Montélimar, doivent effectuer des sondages vent. On voit que la puissance occupante tient à réduire l’information météo de l’ONM. Il faut dire que les allemands font des sondages dans les stations qu’ils ont reprises aux français lors de l’invasion de la zone sud.

A partir de 1944 le gouvernement s’attend à un débarquement des Alliés et donne des instructions à tenir en pareil cas. Éviter un exode comme celui de Juin 1940, les allemands ne ne toléreront pas. Ils ont besoin de ne pas être gênés pour fuir ? Certainement! Une note de Juin 1944 demande au personnel de creuser une tranchée pour y contenir le personnel; à proximité des locaux de travail, en principe dans le parc à instruments. A Vichy il n’y eu pas de bombardement des alliés, grâce il faut bien le dire au Ministre plénipotentiaire Suisse Walter Stucki qui obtint des allemands qu’ils ne combattent pas pour défendre Vichy, et que les alliés attendent l’évacuation allemande pour rentrer dans Vichy. La ville lui en sera reconnaissante en donnant son nom à une rue.

L’immédiate après guerre

Changement du Directeur de l’ONM,  André Viaut ancien directeur adjoint remplace M Werlhé appelé à d’autres fonctions. C’est un décret du  29 mai 1945 signé Charles De Gaulle qui le nomme à ce poste. Il est nommé rétroactivement le 1er mars 1945 !

Dès octobre 1944 une commission d’enquête voit le jour. Elle prie le personnel de la zone Sud, des réseaux Ouest et Est de faire parvenir dans le plus bref délai au Président de la commission, sous pli cacheté tous les comptes rendus ou dépositions écrits et signés qui se réfèrent aux activités de certains membres du personnel pendant la période d’occupation, activités susceptibles d’avoir favorisé les entreprises de toutes nature de l’ennemi, ou d’avoir contrarié l’effort de guerre de la France et de ses alliés notamment par des dénonciations. Ainsi que d’avoir porté atteinte aux institutions constitutionnelles ou aux libertés publiques fondamentales, d’avoir sciemment tiré ou tenté de tirer un bénéfice matériel direct de l’application de règlements de l’autorité de fait, contraire aux lois en vigueur le 16 juin 1940. Le Président de la commission d’enquête se nommait Bruyère.

Si les météorologistes avaient des ordres pour obtempérer aux demandes des occupants,  une note du Directeur de l’ONM demandait de transmettre les demandes des Alliés à la direction,  qui leur fera donner la suite qui convient…

Une note du 6 janvier 1945 de M Viaut rappelle aux Chefs de stations météos l’organisation de l’Aviation Civile, cette note est en fait la copie de celle du 23 mars 1942 signée du Secrétaire d’État à l’aviation, le Général Bergeret. La seule différence est poste météo qui devient station météo et Aéronautique qui devient Transports Aériens. Pas de révolution dans l’organisation.

Interdiction de démissionner, le personnel est requis et se voit interdit de quitter l’administration. Nous assistons à une période de recrutement dès 1945. La création de nouvelles stations entraine un manque de personnel d’encadrement et le Directeur lance un appel pour remplir ces postes. Deux ans d’ancienneté sont nécessaires, avec les connaissances suffisantes de l’exploitation et de l’administration.

Malgré le manque de personnel il est procédé à des licenciements pour fautes graves. Deux exemples : en raison de son absence injustifiée, a été licencié à compter de la date de cessation de ses fonctions, ou un autre s’étant révélé très insuffisant pendant son stage d’instruction, a été licencié à l’issue du stage.

Le 5 mai 1945 il est rappelé au personnel que le secret doit être bien gardé sur les informations qu’un météo pourraient avoir connaissance. Un auxiliaire de l’ONM a été l’objet d’une sanction pour avoir fait état dans une lettre à ses parents de renseignements relatifs aux déplacements d’appareils alliés sur le terrain d’aviation voisin de la station météorologique. Le secret ne sera levé que le 9 juin 1945.

Le 20 juillet 1945 André Viaut s’adresse par note au personnel, je retiendrai ce paragraphe qui devrait toujours être de mise aujourd’hui, mais qui malheureusement a été détruit par la “fusion des corps” :

” Le personnel sait qu’il peut compter sur moi pour défendre ses intérêts et sauvegarder ses droits; ayant moi-même franchi tous les échelons de la hiérarchie, je connais ses difficultés morales et matérielles et je continuerai à mettre, tout en œuvre, pour l’aider et améliorer sa situation, regrettant seulement que les démarches aboutissent souvent très lentement.”

Les derniers “grands Directeurs” furent  Jean Labrousse, qui lui aussi avait franchi tous les échelons, et  Jean-Pierre Besson qui bien que non météo avait un  immense respect pour le personnel et la défense de ses intérêts.

Le 19 juillet 1945 une ordonnance érige l’ONM en Météorologie nationale, organisme d’Administration Centrale relevant directement du Ministère de l’Air. Ceci est une autre histoire.

 

 

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